Jean-Jacques Gauer – President Leading Hotels of the World

JEAN-JACQUES GAUER PRÉSIDENT DE LA CHAÎNE THE LEADING HOTELS OF THE WORLD
Hôtellerie de luxe :« Les gens veulent plus d’authenticité »

Jean-Jacques Gauer préside depuis 1990 la chaîne The Leading Hotels of the World (LHW). Celle-ci chapeaute un réseau de 450 établissements de luxe dans le monde. Par ailleurs directeur du Lausanne Palace, il explique aux « Echos » en quoi la crise financière a provoqué un changement durable dans les habitudes de consommation des clients des grands palaces. Le « bling-bling » n’a plus la cote…

Comment la chaîne The Leading Hotels of the World a-t-elle traversé la crise mondiale ?
Elle a connu, comme les autres, une année difficile avec une baisse moyenne de 20 % des réservations, qui masque toutefois de fortes différences régionales. L’Inde s’est très vite remise des attaques terroristes de l’an passé, et le marché asiatique en général se porte bien. C’est vrai également de l’Amérique du Sud et de New York. D’autres marchés comme la France, l’Italie et la Suisse se portent moins bien. La clientèle est là, mais elle voyage moins que dans le passé. Les compagnies aériennes en ressentent aussi les effets. Aux Emirats arabes unis, enfin, la chute des réservations atteindrait environ 30 %, malgré un prix moyen des chambres en recul de 10 %. Dans notre chaîne, le prix moyen, qui atteint 440 dollars, a baissé de seulement 10 dollars en un an.

Certains secteurs ont-ils été frappés plus que d’autres ?
L’hôtellerie d’affaires s’en sort nettement moins bien que celle de loisirs ou de vacances, notamment dans les Alpes. Quant à l’hôtellerie urbaine, elle a cruellement manqué de séminaires, conférences et congrès.

Les spécialistes évoquent des changements de paradigme dans l’hôtellerie de luxe…C’est tout à fait vrai. L’échelle des valeurs a évolué. Les gens veulent plus d’authenticité, moins de « bling-bling » et de tape-à-l’oeil. Le temps où les hôtels s’autoproclamaient détenteurs de 8 ou 10 étoiles est révolu. Certains établissements sont allés beaucoup trop loin dans la surenchère et le « toujours-plus » pour se comparer à leurs voisins. Mais est-il vraiment utile de mettre des bouquets de fleurs à 300 dollars pièce à chaque coin des chambres ? Ou encore, le Peninsula de Hong Kong a-t-il vraiment besoin d’avoir 18 Rolls devant son entrée pour aller chercher ses clients à l’aéroport ? L’ère de la démesure est terminée. Plus personne ne va, par exemple, au trop clinquant Burj al-Arab de Dubaï, quand les palaces alpins à Courchevel, St-Moritz ou Gstaad séduisent davantage. Ils offrent aujourd’hui des balades en raquette dans la forêt, suivies d’une bonne raclette dans un refuge de montagne, plutôt que d’organiser, comme dans le passé, des ballets d’hélicoptères afin d’amener leurs clients au sommet d’un pic enneigé.

Ces évolutions sont-elles appelées à perdurer au-delà de la crise ?
Elles sont là pour rester. Les gens ont été choqués de voir les banquiers et les traders vivre grand train alors que, par leurs agissements, ils plongeaient des populations entières dans la misère. La nouvelle génération aura une soif de consommation de produits de luxe différente de la précédente. C’est vrai dans l’hôtellerie comme dans l’horlogerie ou la mode.

Comment la chaîne va-t-elle s’adapter à cette nouvelle tendance ?
Le produit juste dans le bon marché tirera toujours son épingle du jeu. Le Ritz avec son beau spa, ses bons restaurants, son emplacement idéal et ses prix non démesurés par rapport à d’autres établissements à New York ou Londres n’aura jamais de mal à survivre. Mais la frontière entre l’exclusivité et le luxe trop ostentatoire est ténue. Nous sommes actuellement en train de la chercher

Cela va-t-il vous conduire à faire une revue de vos membres ?
Nous avons encore durci nos conditions d’admission et certains établissements auront des difficultés à respecter nos nouveaux standards. Les hôtels qui ont le plus de mal à respecter nos normes tirent l’ensemble de l’association vers le bas en risquant de décevoir les attentes de nos clients. Près de 70 hôtels devraient ainsi quitter notre association dans les trois à quatre prochaines années.

Par ailleurs, quelques chaînes très contentes de nous rejoindre quand elles ont moins de dix hôtels décident ensuite, en grandissant, de voler de leurs propres ailes. Cela a été le cas de Four Seasons dans le passé, et je vois d’autres exemples se profiler à l’avenir.

PROPOS RECUEILLIS PAR FRÉDÉRIC THERIN, Les Echos

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